Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /Juin /2010 07:00

Le jeudi, et uniquement le jeudi, chez les Croqueurs de mots on publie nos poèmes, ou nos poètes préférés
texte libre, forme libre, faire découvrir nos coups de coeur.

Seattle

1786-1866

chef-seattle.jpg

Seattle est avant tout le nom d'un grand chef indien des tribus Dumawish et Suquamish. Il est connu en particulier pour son discours de 1854 lors de négociations avec le gouvernement des Etats Unis, dans lequel il exprimait son refus de vendre les territoires indiens.

L'authenticité des mots est contestée et il existe au moins trois versions du texte. Grâce aux notes prises par le docteur Henry Smith, négociateur du gouvernement, une première version fût publiée dans le Seattle Sunday Star en octobre 1887. Celle qui fait aujourd'hui figure de référence date des années 70.

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Discours du grand chef Seattle

 

«Le Grand Chef de Washington nous a fait part de son désir d'acheter notre terre.

Le Grand Chef nous a fait part de son amitié et de ses sentiments bienveillants. Il est très généreux, car nous savons bien qu'il n'a pas grand besoin de notre amitié en retour. Cependant, nous allons considérer votre offre, car nous savons que si nous ne vendons pas, l'homme blanc va venir avec ses fusils et va prendre notre terre. Mais peut-on acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Etrange idée pour nous !

Si nous ne sommes pas propriétaires de la fraîcheur de l'air, ni du miroitement de l'eau, comment pouvez-vous nous l'acheter ? Le moindre recoin de cette terre est sacré pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque grève sablonneuse, chaque écharpe de brume dans le bois noir, chaque clairière, le bourdonnement des insectes, tout cela est sacré dans la mémoire et la vie de mon peuple.La sève qui coule dans les arbres porte les souvenirs de l'homme rouge.

Les morts des hommes blancs, lorsqu'ils se promènent au milieu des étoiles, oublient leur terre natale. Nos morts n'oublient jamais la beauté de cette terre, car elle est la mère de l'homme rouge; nous faisons partie de cette terre comme elle fait partie de nous.

Les fleurs parfumées sont nos soeurs, le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères; les crêtes des montagnes, les sucs des prairies, le corps chaud du poney, et l'homme lui-même, tous appartiennent à la même famille. Ainsi, lorsqu'il nous demande d'acheter notre terre, le Grand Chef de Washington exige beaucoup de nous.

Le Grand Chef nous a assuré qu'il nous en réserverait un coin, où nous pourrions vivre confortablement, nous et nos enfants, et qu'il serait notre père, et nous ses enfants. Nous allons donc considérer votre offre d'acheter notre terre, mais cela ne sera pas facile, car cette terre, pour nous, est sacrée.

L'eau étincelante des ruisseaux et des fleuves n'est pas de l'eau seulement; elle est le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir qu'elle est sacrée et vous devrez l'enseigner à vos enfants, et leur apprendre que chaque reflet spectral de l'eau claire des lacs raconte le passé et les souvenirs de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père.

Les fleuves sont nos frères; ils étanchent notre soif. Les fleuves portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir que les fleuves sont nos frères et les vôtres, et l'enseigner à vos enfants, et vous devrez dorénavant leur témoigner la bonté que vous auriez pour un frère.

L'homme rouge a toujours reculé devant l'homme blanc, comme la brume des montagnes s'enfuit devant le soleil levant. Mais les cendres de nos pères sont sacrées. Leurs tombes sont une terre sainte; ainsi, ces collines, ces arbres, ce coin de terre sont sacrés à nos yeux. Nous savons que l'homme blanc ne comprend pas nos pensées. Pour lui, un lopin de terre en vaut un autre, car il est l'étranger qui vient de nuit piller la terre selon ses besoins. Le sol n'est pas son frère, mais son ennemi, et quand il l'a conquis, il poursuit sa route. Il laisse derrière lui les tombes de ses pères et ne s'en soucie pas.

Vous devez enseigner à vos enfants que la terre, sous leurs pieds, est faite des cendres de nos grands-parents. Afin qu'ils la respectent, dites à vos enfants que la terre est riche de la vie de notre peuple. Apprenez à vos enfants ce que nous apprenons à nos enfants, que la terre est notre mère.

Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Lorsque les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous le savons: la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées.

Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. L'homme n'a pas tissé la toile de la vie, il n'est qu'un fil de tissu. Tout ce qu'il fait à la toile, il le fait à lui-même.Mais nous allons considérer votre offre d'aller dans la réserve que vous destinez à mon peuple. Nous vivrons à l'écart et en paix. Qu'importe où nous passerons le reste de nos jours. Nos enfants ont vu leurs pères humiliés dans la défaite. Nos guerriers ont connu la honte ; après la défaite, ils coulent des jours oisifs et souillent leur corps de nourritures douces et de boissons fortes. Qu'importe où nous passerons le reste de nos jours ?

Ils ne sont plus nombreux. Encore quelques heures, quelques hivers, et il ne restera plus aucun des enfants des grandes tribus qui vivaient autrefois sur cette terre, ou qui errent encore dans les bois, par petits groupes; aucun ne sera là pour pleurer sur les tombes d'un peuple autrefois aussi puissant, aussi plein d'espérance que le vôtre. Mais pourquoi pleurer sur la fin de mon peuple ? Les tribus sont faites d'hommes, pas davantage. Les hommes viennent et s'en vont, comme les vagues de la mer.

Même l'homme blanc, dont le Dieu marche avec lui et lui parle comme un ami avec son ami, ne peut échapper à la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères malgré tout; nous verrons. Mais nous savons une chose que l'homme blanc découvrira peut-être un jour: notre Dieu est le même Dieu. Vous avez beau penser aujourd'hui que vous le possédez comme vous aimeriez posséder notre terre, vous ne le pouvez pas. Il est le Dieu des hommes, et sa compassion est la même pour l'homme rouge et pour l'homme blanc.

La terre est précieuse à ses yeux, et qui porte atteinte à la terre couvre son créateur de mépris. Les blancs passeront, eux aussi, et peut-être avant les autres tribus. Continuez à souiller votre lit, et une belle nuit, vous étoufferez dans vos propres déchets. Mais dans votre perte, vous brillerez de feux éclatants, allumés par la puissance du Dieu qui vous a amenés dans ce pays, et qui, dans un dessein connu de lui, vous a donné pouvoir sur cette terre et sur l'homme rouge. Cette destinée est pour nous un mystère; nous ne comprenons pas lorsque tous les buffles sont massacrés, les chevaux sauvages domptés, lorsque les recoins secrets des forêts sont lourds de l'odeur d'hommes nombreux, l'aspect des collines mûres pour la moisson est abîmé par les câbles parlants.

Où est le fourré ? Disparu.
Où est l'aigle? Il n'est plus.
Qu'est-ce que dire adieu au poney agile et à la chasse ? C'est finir de vivre et se mettre à survivre.

Ainsi donc, nous allons considérer votre offre d'acheter notre terre. Et si nous acceptons, ce sera pour être bien sûrs de recevoir la réserve que vous nous avez promise. Là, peut-être, nous pourrons finir les brèves journées qui nous restent à vivre selon nos désirs. Et lorsque le dernier homme rouge aura disparu de cette terre, et que son souvenir ne sera plus que l'ombre d'un nuage glissant sur la prairie, ces rives et ces forêts abriteront encore les esprits de mon peuple. Car ils aiment cette terre comme le nouveau-né aime le battement du coeur de sa mère. Ainsi, si nous vous vendons notre terre, aimez-la comme nous l'avons aimée. Prenez soin d'elle comme nous en avons pris soin.

Gardez en mémoire le souvenir de ce pays, tel qu'il est au moment où vous le prenez. Et de toute votre force, de toute votre pensée, de tout votre coeur, préservez-le pour vos enfants et aimez-le comme Dieu vous aime tous.

Nous savons une chose: notre Dieu est le même Dieu. Il aime cette terre. L'homme blanc lui-même ne peut pas échapper a la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères, nous verrons. »

 

Par Nat - Publié dans : Les poètes - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Commentaires

Texte à méditer;il faut agir pendant qu'il est encore temps!mais peut-être est-il déjà trop tard!!!

bpnne soirée ma belle

beezoo

Commentaire n°1 posté par MUGUET JOCELYNE le 15/06/2010 à 19h13

on devrait l'apprendre en classe, du moins le lire et l'analyser

plein de bisous pour toi

sous la pluie pour ce soir ;((

Réponse de Nat le 16/06/2010 à 01h16

Merci pour ce texte magnifique

Bon dimanche

A bientôt

Almaya

Commentaire n°2 posté par Almaya le 06/06/2010 à 02h15

un homme a coté duquel on ne peut pas passer

merci de ta visite almaya, bonne journée

Réponse de Nat le 08/06/2010 à 07h01

j'ai beaucoup apprécié!! la terre de toutes les traditions, la terre des ancêtres, la terre des indiens, devenue une petite réserve , ignorés les us et coutumes, bafouées les sépultures, beau texte, mais je ne crois pas que les blancs y prêtèrent la moindre attention !! l'indien , n'est plus qu'un vague souvenir !!! comme bien des choses sur cette vaste planète !!! (on va nous mettre bientôt dans des réserves d'agriculteurs !!) bizzoux Nat !! weeek end en vue ce soir ouf!!!

Commentaire n°3 posté par Pascale la Tricotineuse le 04/06/2010 à 12h50

merci pascaline, nostalgie des temps ou la nature était respectée, ou l'homme apprenait à l'écouter

aujourd'hui souvenir lointain, qui n'émeut que peu d'entre nous

le week end est là, profite ma belle

gros bisous

Réponse de Nat le 06/06/2010 à 09h56

Hélas. L'homme blanc, supérieur en tout, en idiotie surtout....Si l'on pouvait revenir en arrière, on dirait à ces indiens de na pas confondre Christophe Colomb avec le retour d'Eric le Rouge. Comme cela ils le tueraient et pas de suite de ce genre.

Bref, avec des SI, on met Paris en bouteille.

Bises Kinia

Commentaire n°4 posté par kinia le 03/06/2010 à 21h51

l'envie de posseder est si presente, un autre serait passé par là un jour, le resultat aurait été le même

bonne journée kinia

Réponse de Nat le 04/06/2010 à 07h24

les indiens sont dotés d'une très grande sagesse

c'est dommage tout ce rejet 

maintenant ce sont des minorités dispersées

merci pour ce beau partage

bises créoles

Commentaire n°5 posté par SONYA 972 le 03/06/2010 à 20h40

dispersés partout dans le monde, détruit par le modernisme

il était une fois... un peuple d'une grande sagesse...

bisous

Réponse de Nat le 04/06/2010 à 07h23

Oups, quel beau texte que je vais relire tant de sentiments exprimés. Mais l'idée générale est édifiante, et au jour d'aujourd'hui on voit ce que les terres à partager, sont sources de guerres depuis tant d'années. L'amour de la terre mère est bien loin, l'amour de l'argent est très présent. Félicitations ma grande pour ce beau choix.

Commentaire n°6 posté par Mamie Claude le 03/06/2010 à 20h11

et ce n'est pas fini, l'envie, la jalousie, l'homme ne peut s'empecher de vouloir toujours plus, sans prendre garde a ce qu'il peut détruire

bisous maman, belle journée ensoleillée :)

Réponse de Nat le 04/06/2010 à 07h20

"Nous le savons: la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées."

Très beau texte qui demande à être relu tant il y a de choses dites !

Merci pour ce partage

Commentaire n°7 posté par Jean-Pierre le 03/06/2010 à 13h34

oh oui nous le savons, néanmoins la jalousie suscite l'envie

ce besoin de posseder toujours plus a fini par détruire ce peuple de sages

triste monde dans lequel on evolue

bonne journée jean pierre

Réponse de Nat le 04/06/2010 à 07h17

Dépouillé, mis dans des réserves le vrai américain qu'est-il à ce jour sur ses terres tribales.... Un souvenir touristique !! Longue ta page comme leurs maux !!  Bisou Nat, bonne journée, jill

Commentaire n°8 posté par jill bill le 03/06/2010 à 11h11

très juste jill ! un site touristique ! plus les valeurs sont présentes, moins nous sommes puissants...

il nous reste peu de chose de ces tribus de grands sages, quelques rares histoires racontées de pères en fils

bisous jill

Réponse de Nat le 04/06/2010 à 07h09

ahh quand l'homme arrêtera de ce partager les territoires comme des parts de gâteaux !!

cela arrivera-t-il un jour ????

bises

chrit'l

Commentaire n°9 posté par cricket1513 le 03/06/2010 à 08h27

l'homme aime posseder ce qui appartient à son voisin, hélas, cela n'arrivera jamais

bonne journée christelle

Réponse de Nat le 04/06/2010 à 07h05

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