Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 07:00

Le jeudi, et uniquement le jeudi, chez les Croqueurs de mots on publie nos poèmes, ou nos poètes préférés
texte libre, forme libre, faire découvrir nos coups de coeur.

Vous trouverez ICI chez Hecate dans le fil d'archal un résumé détaillé de la courte vie de John Keats. Bonne visite.

John Keats
1795-1821

keats-john.jpg

Keats est souvent considéré comme le plus sensuel des poètes romantiques anglais. La mort accompagne ce jeune poète tout au long de sa vie.
Keats avait vu lentement mourir de tuberculose son frère Tom en décembre 1818. Un peu plus d’un an après, il se sut atteint de la même maladie. Se sachant condamné, il apprécie chaque instant que lui offre le présent et ressent plus que tout, ce qui l'entoure.
Les odes de Keats ont tous le même objectif : échapper à la souffrance et à la désillusion en mettant en avant le culte de la beauté et les instants d'extase.
L'ode sur le rossignol met en avant le contraste entre le rossignol au chant immortel et l'homme mortel qui s'assoit dans son jardin pour écouter la douce mélodie de l'oiseau qui berce ses nuits dans l'attente de sa propre mort. Il cherche à être avec l'oiseau, et pour ce faire abandonne sa vue pour mieux se fondre avec le son et ainsi rejoindre l'oiseau dans l'obscurité.
Le poème montre comment Keats essaye d'échapper à la réalité par le biais de l'imagination… si tout ceci était réel, ou si c'était seulement un rêve…
Il avait, dans un poème de jeunesse, demandé dix ans de carrière poétique pour s’élever au rang qu’il espérait être le sien ; cela ne devait pas lui être accordé.

keats-ode-a-un-rossignol.jpg 

Ode à un Rossignol

Mon cœur souffre et la douleur engourdit
Mes sens, comme si j’avais bu d’un trait
La ciguë ou quelque liquide opiacé
Et coulé, en un instant, au fond du Léthé :
Ce n’est pas que j’envie ton heureux sort,
Mais plutôt que je me réjouis trop de ton bonheur,
Quand tu chantes, Dryade des bois aux ailes
Légères, dans la mélodie d’un bosquet
De hêtres verts et d’ombres infinies,
L’été dans l’aise de ta gorge déployée.


Oh, une gorgée de ce vin !
Rafraîchi dans les profondeurs de la terre,
Ce vin au goût de Flore, de verte campagne,
De danse, de chant provençal et de joie solaire !
Oh, une coupe pleine du Sud brûlant,
Pleine de la vraie Hippocrène, si rougissante,
Où brillent les perles des bulles au bord
Des lèvres empourprées ;
Oh, que je boive et que je quitte le monde en secret,
Pour disparaître avec toi dans la forêt obscure :Disparaître loin, m’évanouir, me dissoudre et oublier


Ce que toi, ami des feuilles, tu n’a jamais connu,
Le souci, la fièvre, le tourment d’être
Parmi les humains qui s’écoutent gémir.
Tandis que la paralysie n’agite que les derniers cheveux,
Tandis que la jeunesse pâlit, spectrale, et meurt ;
Tandis que la pensée ne rencontre que le chagrin
Et les larmes du désespoir,
Tandis que la Beauté perd son œil lustral,
Et que l’amour nouveau languit en vain.


Fuir ! Fuir ! m’envoler vers toi,
Non dans le char aux léopards de Bacchus,
Mais sur les ailes invisibles de la Poésie,
Même si le lourd cerveau hésite :
Je suis déjà avec toi ! Tendre est la nuit,
Et peut-être la Lune-Reine sur son trône,
S’entoure-t-elle déjà d’une ruche de Fées, les étoiles ;
Mais je ne vois ici aucune lueur,
Sinon ce qui surgit dans les brises du Ciel
à travers les ombres verdoyantes et les mousses éparses.


Je ne peux voir quelles fleurs sont à mes pieds,
Ni quel doux parfum flotte sur les rameaux,
Mais dans l’obscurité embaumée, je devine
Chaque senteur que ce mois printanier offre
à l’herbe, au fourré, aux fruits sauvages ;
à la blanche aubépine, à la pastorale églantine ;
Aux violettes vite fanées sous les feuilles ;
Et à la fille aînée de Mai,
La rose musquée qui annonce, ivre de rosée,
Le murmure des mouches des soirs d’été.


Dans le noir, j’écoute ; oui, plus d’une fois
J’ai été presque amoureux de la Mort,
Et dans mes poèmes je lui ai donné de doux noms,
Pour qu’elle emporte dans l’air mon souffle apaisé ;
à présent, plus que jamais, mourir semble une joie,
Oh, cesser d’être - sans souffrir - à Minuit,
Au moment où tu répands ton âme
Dans la même extase !
Et tu continuerais à chanter à mes oreilles vaines
Ton haut Requiem à ma poussière.


Immortel rossignol, tu n’es pas un être pour la mort !
Les générations avides n’ont pas foulé ton souvenir ;
La voix que j’entends dans la nuit fugace
Fut entendue de tout temps par l’empereur et le rustre :
Le même chant peut-être s’était frayé un chemin
Jusqu’au cœur triste de Ruth, exilée,
Languissante, en larmes au pays étranger ;
Le même chant a souvent ouvert,
Par magie, une fenêtre sur l’écume
De mers périlleuses, au pays perdu des Fées.


Perdu ! Ce mot sonne un glas
Qui m’arrache de toi et me rend à la solitude !
Adieu ! L’imagination ne peut nous tromper
Complètement, comme on le dit - ô elfe subtil !
Adieu ! Adieu ! Ta plaintive mélodie s’enfuit,
Traverse les prés voisins, franchit le calme ruisseau,
Remonte le flanc de la colline et s’enterre
Dans les clairières du vallon :
était-ce une illusion, un songe éveillé ?
La musique a disparu : ai-je dormi, suis-je réveillé ?

Par Nat - Publié dans : Les poètes - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Commentaires

Me voici tardive sur ton article sur Keats qui complète le mien sur mon" fil d'archal ",

un grand poète dont la vie trop courte est l'écho de son âme ardente et de son amour pour Fanny Brawn.

                                               Amiclement

                                                                    H

Commentaire n°1 posté par Hécate le 23/03/2011 à 18h50

J'adore ce poème et particulièrement la fin

Ode si parfaite

il fuit la réalité par l'art de l'écriture

envoutant !

merci de ta visite :)

Réponse de Nat le 06/04/2011 à 22h33

"Ici repose celui dont le nom était écrit sur l'eau", une épitaphe inspirée pour le plus romantique des poètes anglais, rossignol qui chanta pour une étoile étincelante.

Commentaire n°2 posté par Catheau le 18/03/2011 à 09h06

épitaphe écris par ses soins qui reflètent bien la façon dont il passait sur la vie

Réponse de Nat le 19/03/2011 à 07h30

Keats,je l'avais oublié;merci nat de mettre un de ses poèmes;il est merveilleux celui-là!

bon vendredi sans trop de pluie,ici il fait presque nuit!

beezoo

Commentaire n°3 posté par apsara le 18/03/2011 à 08h14

c'est bien le problème du rêve... faut se réveiller et c'est souvent un brutal retour aux réalités !! mais tant pis rêvons de tout !!! on aura bien le temps de ne plus rêver aux rossignols quand notre sablier aura laissé filer son dernier grain de sable !! merci Nat, je découvre .. encore

Commentaire n°4 posté par Tricôtine le 17/03/2011 à 21h09

Chère NAT, merci pour cet "hommage" à un poète dont tu nous racontes la assez triste histoire. L'image et le poème lui-même que, honnêtement, j'ai seulement parcouru ne sont  pas mal du tout (understatement). Je t'embrasse,

Gigri

Commentaire n°5 posté par autobiographie le 17/03/2011 à 19h56

lis au moins les deux derniers en gras, c'est une merveille

bisous grigri

Réponse de Nat le 19/03/2011 à 07h27

Belle découverte qui m'amène beaucoup d'émotions. La souffrance du poète à décuplé son art décrire si bien au cours d'une vie si courte entachée de maux. 

J'ai retenue "la pastorale Eglantine" j'espère qu'elle aura eut le temps de te lire. Gros bisous

Commentaire n°6 posté par mamie Claude le 17/03/2011 à 17h45

je t'avoue que je ne le connais pas 

je suis très heureuse du partage

je te souhaite une douce journée

bisous 

¸.•♥•.¸¸.•♥ •Ś.Ő.Ń.Ŷ.Á•♥•.¸¸.•♥•.¸

Commentaire n°7 posté par •-~·*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*·~-• 972 le 17/03/2011 à 14h42

Très touchant poème!

Commentaire n°8 posté par Annie le 17/03/2011 à 12h41

Une belle découverte, merci amie Nat

Gros bisous

Commentaire n°9 posté par Brunô le 17/03/2011 à 09h26

Bonjour Nat... Superbes états d'âme d'un poète se sachant condamné...

Commentaire n°10 posté par jill bill le 17/03/2011 à 08h43

Cette ode est superbe!

poète que je ne connaissai pas!

bonne journée

Commentaire n°11 posté par m'annette le 17/03/2011 à 08h38

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